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De la graine à l’assiette : GAEC de Mélanie, l’exploitation bio et engagée de Jean-Christophe Filly

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Publié le 29 juin 2025 Mis à jour le 29 octobre 2025

Pour Jean-Christophe Filly, reprendre l’exploitation familiale n’a pas tout de suite été une évidence. C’est en 2020, pendant le confinement, que le déclic a lieu. Sa femme, Julie, et lui quittent la ville pour s’installer temporairement en Alpes-de-Haute-Provence, où son père et 3 générations avant lui cultivent la farine. Là-bas, le couple commence à construire un projet : produire de A à Z des pâtes de qualité, bio, à partir de leur farine. Une initiative subventionnée par le programme LEADER.

Du blé à la pâte : une filière maîtrisée de bout en bout

Depuis 2008, dans l’exploitation familiale, les grains de blé sont suivis à chaque étape de leur transformation. Alors qu’il reprend l’exploitation, Jean-Christophe pousse la production un peu plus loin : avec cette farine, il crée des pâtes. Il en parle avec passion : « On sème le blé, on le récolte, on le trie, on le brosse, on le moud, on le passe à la machine à pâtes, on l’ensache… C’est le même brin qu’on accompagne du début à la fin. »

Ces pâtes sont fabriquées à partir du blé dur cultivé sur place, puis transformé selon un procédé lent et respectueux des qualités nutritionnelles. « On ne crée pas de la farine de qualité pour qu’elle soit ensuite mélangée à des plastifiants et des additifs. En créant nos propres pâtes, on s’assure de la qualité du produit. » Elles sont ensuite vendues aux collectivités, restaurateurs et maison de Pays. Et en maîtrisant l’ensemble de la chaîne, Jean-Christophe peut proposer des tarifs compétitifs, y compris pour des produits bio.

À la différence du pain, très investi par les paysans-boulangers, la fabrication de pâtes artisanales reste moins développée dans la région. Un positionnement stratégique innovant qui a permis à Jean-Christophe de diversifier ses débouchés sans entrer en concurrence directe avec les acteurs locaux… et de bénéficier des subventions du programme LEADER. 

Produire mieux et en autonomie grâce à LEADER

Au moment où Jean-Christophe envisage de s’installer, le matériel est vieillissant. Des investissements lourds sont à prévoir. Il lui faut un soutien financier supplémentaire à celui du premier pilier de la PAC, qui lui permet de cultiver et de transformer ses produits, mais pas d’investir dans un nouveau matériel. Il candidate donc au programme LEADER (qui fait partie du second pilier) et est sélectionné : son projet est subventionné à 90 %. De quoi remplacer les moulins, installer une chaîne de fabrication pour les pâtes et acheter de machines jusque-là hors de portée, comme la décortiqueuse à petit épeautre. « Sans LEADER, je n’aurais certainement pas repris l’exploitation familiale. C’est une fierté d’y être parvenu. », confie-t-il. 

Les effets de ces investissements sont visibles à plusieurs niveaux. D’abord, sur la qualité de la farine. Le remplacement du vieux moulin tyrolien de 2008 par des moulins Astrié a permis de gagner en précision et en souplesse. « On arrive maintenant à mieux garder les germes et à produire des farines T65, T80 et complètes. » Le choix est assumé : la qualité avant tout.
Le programme LEADER permet également une production plus confortable. Avec l’installation d’une ensacheuse automatique, chaque moulin peut désormais remplir des sacs de 25 kg, même en autonomie pendant la nuit. Avant cela, tout était manuel. L’ancien moulin imposait une "repasse" : une partie de la farine devait être retraitée, ce qui impliquait de la manutention supplémentaire. Aujourd’hui, un seul passage suffit pour séparer la farine du son, grâce à une bluterie et à un système de vis sans fin.
Enfin, l’exploitation a pu s’équiper d’une décortiqueuse adaptée au petit épeautre. Cette céréale ancienne, faible en gluten, nécessite en effet d’être écalée avant d’être moulue. Jusqu’ici, il fallait transporter les grains à Forcalquier. Désormais et grâce à LEADER, tout peut être fait sur place. « Ça nous a fait gagner du temps, puisqu’on n’a plus à se déplacer. Et on ne paye plus aucune prestation non plus. On est complètement autonomes sur toute la chaîne de transformation », explique-t-il. 

Transmettre ses valeurs 

Convaincu que cette façon de produire mérite d’être mieux comprise, Jean-Christophe et Julie préparent désormais un second projet. Avec le soutien espéré d’un nouveau financement LEADER, ils souhaitent ouvrir les portes de leur exploitation. « Le but, c’est d’accueillir des classes, de faire visiter toute l’exploitation, de montrer pourquoi on fabrique comme ça, de façon artisanale. » Le parcours intégrera une mise aux normes du laboratoire, des vidéos pour présenter les machines en toute sécurité, et même une activité de conditionnement pour permettre aux enfants de repartir avec leur propre sachet. Si le financement est validé, les premières visites pourraient débuter en 2026. 

Le couple a également candidaté au concours ARIA, qui récompense les projets alimentaires territoriaux innovants. Leur projet a été retenu parmi les sept lauréats nationaux et poursuit désormais la sélection à l’échelle européenne. Pour Jean-Christophe, cette reconnaissance est une opportunité de valoriser leur démarche et de gagner en visibilité : « L’avantage de ce genre de concours, c’est que ça valorise aussi nos petites exploitations. Ce n’est pas la taille qui compte, c’est le projet. », conclut-il.

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