Actualité Pays de la Loire : l’élevage extensif, entre marais et bocage National Agriculture Territoire et gestion de l’espace FEADER Publié le 20 octobre 2026 Mis à jour le 3 novembre 2026 Marais de Brière, poitevin ou breton, vallée ou îles de Loire… Les Pays de la Loire abritent des formes d’élevage extensif profondément liées à leurs milieux naturels. Prairies humides, haies bocagères, mares : ce triptyque façonne la biodiversité et les paysages d’une région qui accompagne activement ces systèmes. Géraldine Dupé, adjointe au chef du service Biodiversité du conseil régional, en détaille les enjeux. Transhumance des ovins de prés-salés en Baie de Somme (AOC agneaux de prés-salés). Arrivée du troupeau sur des zones de pâture. / Xavier Remongin/agriculture.gouv.fr Que représente le pastoralisme, ou l’élevage extensif, dans les Pays de la Loire ? Les Pays de la Loire ont conservé un réseau de prairies naturelles important. L’élevage bovin y est dominant (laitier pour une large part), avec des exploitations qui sont restées sur des systèmes à l’herbe ou qui s’y sont reconverties. À côté de ces élevages disséminés sur tout le territoire, certaines zones géographiques ne laissent guère d’autre choix que l’extensif. À l’instar des marais, comme celui de Brière, au nord de l’estuaire de la Loire, qui en est un exemple emblématique. Dans le cœur de cette vaste cuvette, inondée l’hiver, les éleveurs conduisent leurs bovins par barque l’été sur des prairies humides et des roselières ; des pratiques qui ne sont pas sans rappeler celles des alpages. Plus au sud, dans le marais poitevin, des parcelles de prairie appartenant aux communes sont mises à disposition des éleveurs en période estivale, selon un cycle saisonnier qui ressemble à une transhumance de plaine. Quels sont les enjeux environnementaux de cet élevage extensif ? La richesse écologique de ces zones humides dépend directement de pratiques agricoles extensives (pâturage peu intensif, fauche tardive) qui laissent le temps à la faune et à la flore de se développer. Ces territoires sont classés en zones Natura 2000, avec des enjeux d’avifaune importants : ils sont, en effet, des zones de nidification pour de nombreuses espèces. Mais au-delà des zones humides, il y a tout le complexe bocager avec ses haies, ses mares et ses prairies, qui a pu être préservé par les agriculteurs qui ont maintenu des systèmes extensifs et qui est le support d’une biodiversité ordinaire remarquable. Les Pays de la Loire sont ainsi une région d’arbres têtards, dont la présence est directement liée à l’élevage extensif : taillés pour fournir ombrage et fourrage, ils témoignent d’une gestion multiséculaire de ces paysages. Comment l’Etat accompagne-t-il ces pratiques ? L’outil central reste les mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) pour lesquelles nous avons un historique de trente ans sur certaines zones. Les premières opérations agro-environnementales ciblaient déjà le marais poitevin, le marais breton et celui de Brière. Ces mesures ont d’abord constitué une reconnaissance de la valeur de ces prairies humides, avant de devenir un levier pour adapter les pratiques : retarder la mise à l’herbe, décaler les fauches en fin d’été pour protéger l’avifaune nicheuse, par exemple. Depuis 2023, les MAEC sont gérées par la DRAAF, et la Région est impliquée via l’animation Natura 2000, qui finance l’animation MAEC sur le territoire. L’ICHN, ouverte désormais aux zones de marais, est venue compléter le dispositif. Les quatre parcs naturels régionaux (marais de Brière, marais poitevin, Loire-Anjou-Touraine et Normandie-Maine) jouent également un rôle d’animation et de coordination déterminant sur ces territoires. Pourquoi la Région a-t-elle ciblé le bocage avec un plan régional en faveur de la haie ? Parce que la prairie seule ne suffit pas : les haies rendent des services directs à l’élevage extensif (ombrage, protection des animaux, régulation de l’eau) tout en maintenant la biodiversité. Préserver le complexe bocager dans son ensemble, c’est aussi conforter ces systèmes d’élevage. La Région a donc adopté ce plan fin 2023, en articulation étroite avec le Pacte national en faveur de la haie. Ainsi, nous avons constitué un collectif (avec les chambres d’agriculture, les fédérations des chasseurs, le Réseau Haies France, les départements, l’agence de l’eau) autour d’un objectif commun : planter et gérer durablement 500 km de bocage par an. Le financement régional repose principalement sur le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) à hauteur de 80 %, la Région apportant les 20 % restants, en complément de financements de l’Agence de l’eau et des Départements. Point notable : ce sont les éleveurs eux-mêmes qui sont moteurs de la replantation des haies. Ceux qui sont sensibles au changement climatique mesurent concrètement l’intérêt du bocage pour protéger leurs animaux et améliorer la rétention d’eau sur les bassins versants. Au travers de la PAC, l’État soutient la présence et l’entretien des haies. Le bonus haies de l’écorégime est accessible à tout bénéficiaire de l’écorégime par la voie des pratiques ou de la certification environnementale, justifiant d’une part minimum de haies sur son exploitation et engagé dans un programme de gestion durable de la haie attesté par une certification privée. Sa conception sous la forme d’un bonus cumulable avec le montant perçu au titre de la voie choisie incite à l’implantation et à la gestion durable des haies tout en améliorant globalement l’effet sur la biodiversité (association haies et mosaïque de cultures, ou haies et prairies, ou encore haies et conduite biologique des surfaces). Son montant a été revalorisé de 7€/ha à 20€/ha à compter de la campagne PAC 2025 afin de rendre plus incitatif l’engagement dans la gestion durable des haies (entre 600 000 et 700 000 hectares bénéficiaires du bonus entre les campagnes 2023 et 2025). La MAEC « Infrastructures agro-écologiques » dédiée aux ligneux permet, quant à elle, de rémunérer les exploitants qui s’engagent à effectuer un entretien durable de leurs haies, ce qui permet de préserver les espèces pouvant peupler cet habitat. Cette MAEC, gérée par l’État et co-financée par l’État et les agences de l’eau, est déclinée localement par l’intermédiaire d’un plan de gestion spécifique à chaque exploitation, grâce à l’accompagnement technique d’une structure compétente (par exemple un parc naturel ou une chambre d’agriculture). Entre les campagnes 2023 et 2025, plus de 550 000 € ont ainsi été engagés dans cette mesure pour le maintien des haies en région Pays de la Loire. Compte tenu de leurs obligations identiques d’entretien durable des haies, les deux dispositifs ne sont pas cumulables. Les Objectifs 2024-2030 du plan régional en faveur de la haie : 500km de haies plantés par an Résultats 2025 : 530km de haies plantées au total (haies + agroforesterie + bosquets) 600 planteurs accompagnés + de 4 millions d’euros mobilisés pour les investissements dont 2,3 M€ de la Région Pays de la Loire et du FEADER (plantation et matériel d’entretien) Les races locales, un patrimoine à préserver Les Pays de la Loire abritent plusieurs races bovines locales adaptées aux milieux extensifs humides, dont la vache nantaise et la maraîchine, soutenues par des mesures spécifiques races menacées et par des conservatoires actifs comme le Crégène, partenaire de la Région. Ces races rustiques, capables de valoriser des prairies humides difficiles à mécaniser, sont indissociables des systèmes pastoraux ligériens. 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